Sénégal : investir dans la science pour transformer durablement le système de santé

Sénégal : investir dans la science pour transformer durablement le système de santé

Dakar – À l’occasion de la Journée mondiale de la santé 2026, le Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique (MSHP), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Institut Pasteur de Dakar (IPD) ont réuni décideurs, scientifiques et partenaires autour d’un enjeu central : faire de la science un levier opérationnel pour accélérer la Couverture sanitaire universelle (CSU) et renforcer la souveraineté sanitaire.

Cette rencontre s’inscrit dans un contexte marqué par la multiplication des crises sanitaires, climatiques et informationnelles, mais aussi par une exigence accrue d’efficacité des politiques publiques. Le constat est désormais partagé : les systèmes de santé qui progressent sont ceux qui investissent dans la production de connaissances, leur utilisation et leur traduction en décisions.

Dès l’ouverture, le Représentant résident de l’OMS au Sénégal, le Dr Michel  Yao a posé le cadre : « Sans capacité scientifique locale, il ne peut y avoir de véritable souveraineté sanitaire ».

Au-delà du principe, l’enjeu est opérationnel. La pandémie de COVID-19 a mis en évidence les limites d’une dépendance structurelle aux innovations produites à partir de l’extérieur, notamment pour les vaccins, les diagnostics et les traitements. Elle a également révélé des inégalités persistantes d’accès aux technologies de santé.

Face à cette réalité, le Sénégal s’est engagé dans une dynamique de renforcement de ses capacités scientifiques et technologiques. Le pays dispose d’atouts reconnus : institutions de recherche de référence, systèmes de surveillance consolidés, digitalisation progressive des données de santé et émergence d’initiatives en matière de production locale.

Pour le Dr Ibrahima Socé Fall, Administrateur général de l’IPD, la dynamique est désormais d’opérer un changement d’échelle. « La science doit être directement connectée aux besoins des populations et aux priorités de santé publique. C’est à cette condition qu’elle produit un impact réel », a-t-il déclaré.

Ce lien entre production scientifique et décision publique reste cependant un point de fragilité. Comme le souligne la  note d’intention du panel, l’utilisation des données probantes demeure encore inégale selon les secteurs et les niveaux de gouvernance. La disponibilité, la qualité et l’exploitation des données conditionnent pourtant l’efficacité des politiques sanitaires.

Dans ce contexte, l’investissement dans la science ne peut être dissocié d’une transformation des modes de pilotage. Il s’agit à la fois de produire davantage d’évidences, mais aussi de structurer leur utilisation pour orienter les choix stratégiques, optimiser l’allocation des ressources et mesurer l’impact des interventions.

La question de la production locale a constitué un autre axe structurant durant les débats. Le développement de capacités nationales en matière de vaccins, de diagnostics et de technologies de santé est désormais considéré comme un impératif stratégique.
Selon le Professeur Bécaye Fall, Directeur des laboratoires du MSHP, « investir dans la recherche nationale permet de développer des solutions adaptées aux réalités locales et de réduire les dépendances critiques ».

Cette orientation s’inscrit dans une logique plus large de souveraineté sanitaire, mais également de performance du système de santé avec pour finalité d’améliorer l’accès aux soins, leur qualité et leur acceptabilité.

La contribution de la science à la CSU a été au cœur des échanges. Une couverture sanitaire universelle effective repose sur des politiques fondées sur les évidences, une allocation efficiente des ressources et une capacité à évaluer les résultats.

Au-delà de l’accès aux soins, la science joue également un rôle déterminant dans l’anticipation des risques. L’émergence de nouvelles menaces sanitaires, les effets du changement climatique et la progression des maladies non transmissibles imposent une approche plus intégrée et proactive.

L’approche « Une seule santé », discutée lors du panel, illustre cette évolution en intégrant les interactions entre santé humaine, animale et environnementale, avec un objectif clair : renforcer la capacité des systèmes à anticiper, à s’adapter et à répondre aux crises.

Toutefois, ces transformations nécessitent une mobilisation élargie. Les investissements dans la science restent encore insuffisants et fragmentés, et la coordination entre les acteurs demeure perfectible. Le renforcement des synergies entre institutions publiques, centres de recherche, universités, secteur privé et partenaires techniques apparaît comme une condition déterminante.

Le langage scientifique devrait être à la portée des communautés afin de favoriser une meilleure acceptation des résultats, tout en limitant l’infodémie qui entrave l’adoption des innovations.

Au terme des échanges, un consensus se dégage : la science doit être pleinement intégrée comme un pilier structurant du système de santé.

Le Dr Michel Yao a conclu en réaffirmant l’enjeu stratégique :« la souveraineté sanitaire et la couverture sanitaire universelle ne sont pas des objectifs abstraits. Elles reposent sur des choix concrets, dont l’investissement dans la science ».

Au Sénégal, ces choix sont désormais engagés. Leur mise en œuvre déterminera la capacité du système de santé à répondre durablement aux besoins des populations.

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Aïssata SALL

Chargée de Communication
OMS Sénégal
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