La logistique complexe de la riposte à Ebola

La logistique complexe de la riposte à Ebola

Comment livrez-vous près de trois tonnes de matériel chaque jour pour stopper le virus Ebola dans la région nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) touchée par le conflit ? Pour l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), une équipe de soutien aux opérations et à la logistique composée de 40 personnes travaille presque sans arrêt pour expédier rapidement du matériel dans une zone quatre fois plus grande que le Rwanda voisin.

Chaque jour, 2,89 tonnes de matériel et d'équipements médicaux et non médicaux quittent les bases logistiques de l'OMS à Kinshasa et à Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, pour rejoindre les bases des villes de Beni et de Butembo et cinq entrepôts de district. Plus de 800 véhicules, un avion, deux hélicoptères, quatre camions, 410 motos (pour accéder aux villages isolés) et 37 ambulances sont nécessaires pour transporter le matériel et les membres de l'équipe.

Traverser dans l’insécurité, les mauvaises routes

Cependant, opérer dans une zone aussi vaste qui subit régulièrement des attaques armées et l'insécurité est compliqué. Des routes délabrées et un terrain montagneux s’ajoutent aux obstacles qui se dressent dans l'approvisionnement des régions éloignées en matériaux de première nécessité.

« L'épidémie d'Ebola peut être vaincue par l’intervention de santé publique, alors que le terrain est maitrisé par le travail des équipes logistiques », déclare Dr Abdou Salam Gueye, Responsable des incidents pour la RDC à l'OMS. 

« Etant donné que la plupart des difficultés que nous rencontrons sont dues à l'environnement, cela montre l'importance de la logistique dans cette opération. L’unité de soutien aux opérations et la logistique (OSL) va au-delà des propres activités de l'OMS dans le cadre d'une stratégie concertée visant à freiner la propagation du virus et à mettre fin à l'épidémie le plus tôt possible. »

En général, l'unité OSL de l'OMS assure au moins 70% d'une intervention d'urgence, comprenant la gestion de la chaîne d'approvisionnement, le soutien opérationnel et la logistique sanitaire.

Entre août 2018 (début de l'épidémie) et novembre 2019, l'OMS a expédié à l'échelle internationale plus de 900 tonnes de matériel à Entebbe, Goma, Kigali et Kinshasa, entièrement destiné aux bases logistiques principales et secondaires de l'opération Ebola. Près de la moitié du matériel était destinée au contrôle des infections et de la prévention, ainsi qu'aux travaux de laboratoire.

L'organisation a également livré à ce jour plus de 17 millions de gants, plus de 2 millions de masques chirurgicaux, 909 000 blouses et plus de 200 000 doses de vaccin contre Ebola. Ensemble, ce matériel équivaut en volume à près de deux piscines olympiques. Plus de 1 000 personnes ont survécu au virus et plus de 257 000 ont été vaccinées.

Une riposte rapide

En mars 2019, deux centres de traitement d’Ebola incendiés lors des attaques dans les villes de Butembo et Katwa ont été reconstruits en un temps record. Les équipes de l'OSL ont également construit 11 centres de transit (accueillant des personnes suspectées d'être atteintes d'Ebola), et huit centres d'opérations d'urgence. En partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), elles installent et entretiennent des équipements d'eau, d'assainissement et d'hygiène, creusent des forages et entretiennent des réservoirs d'eau. Ils s'occupent des déchets des patients et apportent leur soutien pour des enterrements sûrs et dignes, qui constituent un élément crucial de l'effort visant à freiner la propagation du virus. En outre, l'OSL a construit huit camps de base abritant 750 travailleurs humanitaires.

L'OMS travaille en étroite collaboration avec le ministère de la Santé et les partenaires des Nations Unies tels que le Programme alimentaire mondial et l'UNICEF, ainsi qu'avec le mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dans le pays. OSL soutient également la logistique de certains partenaires et prend le relai lorsque les partenaires manquent de capacités de mise en œuvre.

Le travail des ingénieurs de l'OMS sur des points tels que la réparation des infrastructures profite également aux communautés au-delà de la riposte au virus Ebola. Par exemple, ils ont reconstruit une route de 12 km et quatre ponts entre deux communautés près de Mangina, ce qui a permis de réduire le temps de trajet de quatre à une heure - une grande victoire pour les populations locales ayant besoin d’aide médicale urgente et pour les agriculteurs devant se rendre au marché.

Des compétences diverses

L'OSL fait appel à un large éventail de compétences techniques adaptées aux interventions d'urgence. Il s'agit généralement de gestionnaires, de spécialistes de l'approvisionnement, d'ingénieurs spécialisés dans l'eau, l'assainissement et l'hygiène, d'ingénieurs en construction, de mécaniciens, d'experts de la chaîne du froid et de microbiologistes. L'OMS dispose également d'une équipe de cinq logisticiens ‘mobiles’ prêts à intervenir. Ces dépanneurs conçoivent des solutions à des problèmes spécifiques, comme l'élimination des déchets, la décontamination, le forage de puits pour l'eau potable ou la remise en route d'un camion.

Transporter le vaccin contre Ebola à la bonne température pour maintenir la chaîne du froid est un véritable test d'ingéniosité. L'OMS utilise Arktek, une technologie de stockage des vaccins (d'une capacité de 120 000 doses) développée par Global Good, une collaboration entre la Fondation Bill et Melinda Gates et le laboratoire d'innovation Intellectual Ventures. Le ‘super thermos’ maintient le vaccin entre -60 et -80 degrés Celsius pendant 6,5 jours et utilise un outil de suivi pour vérifier la livraison. Il a été mis au point pour transporter les vaccins dans les pays ou régions sujets à des interruptions de l'alimentation électrique ou dans lesquels la réfrigération n’existe pas.

Zinedine Kada, chef d'équipe de l'OMS pour l'OSL en RDC, affirme que les logisticiens doivent avant tout anticiper et faire preuve de créativité.

« Les gens pensent que la logistique ne sert qu'à déplacer les choses d’un point A à un point B. Mais chaque fois qu'il y a une urgence ou un cas isolé, l'équipe de la logistique est présente pour permettre une réponse rapide de santé publique en fournissant le matériel, les conditions de travail, les moyens de transport et les logements nécessaires.

« Nous pensons aussi toujours à la chaîne d'approvisionnement. Si celle-ci est faible, nos programmes le seront aussi et nous aurons échoué dans notre mission de fournir un soutien et des soins d'urgence à ceux qui en ont besoin. »

Les opérations logistiques de l'OMS en RDC sont soutenues par l'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO).

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Bakano Otto

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