Message du Dr Mohamed Janabi, Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique
Toutes les 83 secondes, la tuberculose cause un décès dans la Région africaine de l’OMS. Rien qu’en 2024, la tuberculose a provoqué 378 000 décès et infecté 2,7 millions de personnes, ce qui représente un quart de la charge mondiale. Pourtant, au cœur de cette crise se révèle une opportunité sans précédent.
En cette Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, placée sous le thème : « Oui ! Nous pouvons mettre fin à la tuberculose. Menée par les pays. Portée par les populations. », nous réaffirmons notre engagement collectif à éliminer la tuberculose en tant que menace pour la santé publique. Ce thème rappelle que les progrès exigent un leadership national fort, des investissements durables et des communautés disposant de moyens d’action, capables de porter le changement à tous les niveaux.
La Région africaine a déjà réalisé des progrès considérables. Entre 2015 et 2024, les décès imputables à la tuberculose ont reculé de 46 %, tandis que l’incidence de la maladie a diminué de 28 %. Plusieurs pays ont franchi des jalons importants au niveau mondial ; l’Afrique du Sud a atteint la cible fixée pour 2025 en matière de réduction de l’incidence de la tuberculose, tandis que le Mozambique, la République-Unie de Tanzanie, le Togo et la Zambie ont abaissé de 75 % le nombre de décès imputables à cette maladie.
Les technologies de diagnostic rapide sont désormais déployées à plus grande échelle, et des schémas thérapeutiques plus courts, plus efficaces et entièrement oraux sur six mois transforment les perspectives pour les personnes atteintes de tuberculose pharmacorésistante. Le schéma révolutionnaire BPaLM, entièrement oral et administré sur six mois, a enregistré des taux de réussite dépassant 85 %, la Région africaine se situant à l’avant‑garde de son adoption à l’échelle mondiale. Entre 2023 et 2024, la proportion de patients pharmacorésistants traités par des schémas thérapeutiques de six mois est passée de presque zéro à environ 40 %, soit le rythme d’adoption le plus rapide dans toutes les Régions de l’OMS.
Ces avancées démontrent qu’un leadership résolu, des systèmes de santé renforcés et une participation communautaire active peuvent produire des résultats tangibles.
Parallèlement, des insuffisances majeures continuent d’entraver les progrès. Chaque année, on estime qu’environ 600 000 personnes atteintes de tuberculose dans la Région africaine ne sont ni diagnostiquées ni prises en charge. À peine plus de la moitié des patients ont accès aux tests de diagnostic rapide recommandés par l’OMS, laissant ainsi des centaines de milliers de personnes non diagnostiquées ou diagnostiquées trop tard. De plus, on estime qu’environ 62 000 personnes développent encore chaque année une tuberculose résistante à la rifampicine.
Bien trop souvent, les familles doivent faire face à des conséquences financières dévastatrices. Près de 70 % des ménages touchés par la tuberculose supportent des coûts catastrophiques, la Région africaine étant celle qui en enregistre la proportion la plus élevée.
Ces défis sont exacerbés par l’insuffisance des investissements. La Région africaine a besoin d’environ 4,5 milliards de dollars É.-U. par an pour mener une riposte mondiale contre la tuberculose. Pourtant, le financement actuel demeure nettement inférieur à ce niveau, avec un déficit de 3,6 milliards de dollars É.-U.
Le leadership des pays est déterminant pour combler ces lacunes. Lors de la Réunion de haut niveau des Nations Unies sur la tuberculose tenue en 2023, les leaders mondiaux se sont engagés à garantir, d’ici 2027, l’accès de 90 % des personnes touchées à des services de prévention et de soins, à réduire de 90 % les décès dus à la tuberculose et à éliminer les coûts catastrophiques supportés par les ménages concernés. Honorer ces engagements exige une volonté politique soutenue, un accroissement du financement intérieur et une mobilisation pangouvernementale visant à intégrer la prévention, le diagnostic et les soins de la tuberculose dans des systèmes de santé plus robustes et résilients.
Les communautés occupent quant à elles une place centrale dans cet effort. Les agents de santé communautaires, les organisations de la société civile et les personnes touchées par la tuberculose jouent un rôle clé pour retrouver les cas manquants, soutenir l’observance du traitement, réduire la stigmatisation et renforcer la responsabilisation. Leur leadership garantit que les engagements nationaux se concrétisent en progrès tangibles pour les personnes et les familles.
L’OMS demeure fermement résolue à soutenir les États Membres au moyen d’orientations techniques, du renforcement des capacités et de partenariats. Nous entendons poursuivre notre collaboration avec les pays afin d’élargir l’accès aux diagnostics rapides, d’accélérer le déploiement de schémas thérapeutiques améliorés, de renforcer les systèmes de laboratoire et de surveillance, et d’intégrer les services de lutte contre la tuberculose dans les soins de santé primaires.
Aujourd’hui, j’invite les gouvernements à intensifier les investissements nationaux et à accélérer la mise en œuvre des stratégies nationales de lutte contre la tuberculose, conformément aux engagements pris lors de la Réunion de haut niveau des Nations Unies. J’en appelle aux partenaires et aux donateurs afin qu’ils contribuent à combler le déficit de financement critique et à accompagner les priorités des pays. Je voudrais en outre exhorter les communautés et la société civile à poursuivre leur rôle essentiel auprès des populations vulnérables et à nous maintenir collectivement responsables.
Mettre fin à la tuberculose est à notre portée. Grâce à un leadership soutenu, à des investissements suffisants et à des communautés disposant des moyens d’action, la Région africaine peut mettre fin à la tuberculose en tant que menace pour la santé publique.
Oui. Nous pouvons mettre fin à la tuberculose !
En savoir plus
- Rapport2025 de l’OMS sur la lutte contre la tuberculose dans le monde (anglais uniquement)
- Programme de lutte contre la tuberculose dans la Région africaine de l’OMS
- Stop TB Partnership
- Ethiopia among pioneers in rolling out AI-powered digital X-ray for TB screening
- WHO Supports Sierra Leone’s End-Term Review of the National TB Strategic Plan
