KINSHASA : Comment l’unité mobile permet de réduire la maladie du sommeil dans les quartiers périphériques.

REPORTAGE | Mis à jour et publié le 14 février 2019. |   Jeune Foire est un quartier rural de Lutendele, une localité anciennement constituée des fermes agropastorales privées et entourée de la petite forêt à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Kinshasa, à la frontière avec la province du Kongo Central.  C'est aussi un des villages où les populations rurales sont les plus exposées aux piqûres de la mouche tsé-tsé, le vecteur de la maladie du sommeil. Le Programme national de lutte contre la Trypanosomiase humaine africaine (PNLTHA) l'avait identifié dans sa planification de l'année 2018 pour y mener ses activités de dépistage et de traitement gratuits de la maladie du sommeil, avec l'une des unités mobiles appuyées techniquement par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Un rapport récent de l'OMS plaçait la RDC au premier rang des pays de l’Afrique sub-saharienne en termes de prévalence de la maladie du sommeil. Au cours des 10 dernières années, plus de 70% des cas notifiés ont été observés en RDC. Ce pays déclare plus de 1000 nouveaux cas par an et a concentré 84% des cas signalés en 2015, ajoute l’OMS.

"Quand je suis venu ici pour la première fois en 2015, il y avait la présence de beaucoup de mouches tsé-tsé qui sillonnaient tout autour de nous et qui constituaient une véritable menace pour notre santé pendant nos activités agricoles et de l'élevage," se souvient Honoré Kiazekama, 73 ans, habitant de Jeune Foire. Honoré est un habitué des dépistages de la maladie du sommeil. Il s'est déjà fait examiner plus de trois fois par les équipes mobiles tous les deux ans ‘‘mais rien n'a été trouvé chez lui’’, dit-il, en exhibant sa carte de consultation. 

Il se réjouit du fait qu'avec la pose de pièges pyramidales à mouche tsé-tsé initiée par les autorités sanitaires, "une diminution sensible de ces glossines dangereuses a été constatée," au point qu'il pouvait désormais aller se "laver à la petite rivière située non loin du versant sud-ouest de Lutendele sans la moindre crainte d'être piqué". 

Mais si le chanceux septuagénaire n'a pas pu attraper la maladie du sommeil, ce n'est pas le cas de son voisin, Sébastien Tuvivila, 49 ans et ancien malade. "J'ai été dépisté positif à la maladie du sommeil lors du passage de l'unité mobile dans notre village. Puis, j'ai suivi un traitement efficace qu'on appelle NECT [Ndlr : Nifurtimox Eflornithine Combination Therapy], pendant 14 jours. Ça m’a permis d’être totalement guéri," raconte Tuvivila qui dit venir à la rencontre des agents de l'unité mobile chaque fois que leur passage est annoncé en vue d’effectuer son contrôle sanitaire.  

Mais dans ce milieu rural fort reculé, il y a eu d'autres malades qui ne pouvaient pas faire comme Tuvivila. Il y a par exemple ce témoignage concernant Julienne, une jeune femme de 26 ans, morte dans le village voisin de Nyombi en 2018 parce qu'elle n'a pas voulu suivre son traitement, pourtant accessible, alors qu'elle a été dépistée positive et porteuse du parasite de la Trypanosomiase humaine africaine (THA). 

"Avec notre équipe mobile, nous faisons pratiquement 20 jours sur le terrain chaque mois dans ces localités presque isolées pour dépister et traiter les patients confirmés avec la THA,’’ souligne pour sa part Didier Lemba Kudia, chargé de la surveillance de l'unité mobile à la coordination provinciale du PNLTHA, à Kinshasa.  Il note que par jour, plus de 300 personnes viennent ici pour le dépistage. En plus, un mobilisateur social, à l’aide d’un mégaphone et des affiches, passe souvent dans leur village pour sensibiliser la population à se tenir prête pour le dépistage dès que l’unité mobile y est annoncée.

Assis avec son collègue à la première table dite de 'convocation', Didier Lemba Kudia égrène les noms des personnes inscrites sur la liste et leur remet tour à tour un jeton pour passer en bon ordre à la deuxième table, celle du test d’agglutination sur carte (CATT). C'est l'étape qui fait un peu plus peur aux gens lorsque l’infirmier pique le bout du doigt pour les prises de sang en vue d’un diagnostic de la présence ou non du parasite. A ce stade, si le cas est positif, l’échantillon du sang est ensuite envoyé vers la dernière table pour une analyse approfondie au microscope sous les arbres.  

"Le grand avantage avec l'unité mobile, ce qu'elle nous aide à poser le diagnostic précoce auprès des personnes qui, cliniquement, ne présentent aucun signe," précise de son côté le Dr Danilo Miakala, coordonnateur provincial du PNLTHA à Kinshasa. Il ajoute qu'à l'issue de ce diagnostic précoce, il est facile d'orienter ces personnes pour une prise en charge efficace s'il s'avère que le test est positif. 

En raison de cette stratégie consistant à faire déployer les équipes mobiles à la rencontre des personnes aussi démunies et vivant dans les zones rurales reculées, un véritable engouement s’est créé autour de cette activité qui raccourcit les distances dans ces zones rurales. C'est le contraire des sites fixes, où "les gens y vont quand ils se sentent malades, souvent au stade 2, quand le parasite est déjà présent dans le système nerveux central," ajoute le Dr Danilo Miakala. 

Mais au-delà des avantages comparatifs et de l’impact positif de la présence des équipes mobiles dans ces villages ruraux, ‘‘la lutte contre la maladie du sommeil en milieu urbain demeure un grand défi à relever,’’ souligne de son côté le Dr Augustin Kadima Ebeja, point focal des maladies tropicales négligées au Bureau de l’OMS à Kinshasa. Selon lui, ‘‘les personnes qui habitent les quartiers résidentiels de la ville et qui ont des activités agricoles ou d’élevage dans ces localités périphériques de Kinshasa sont à risque de la THA, du fait qu’elles échappent souvent à se faire dépister lors du passage de l’unité mobile.’’ Pour faire face à ce phénomène de plus en plus préoccupant, dit-il, ‘‘les structures hospitalières de la ville doivent renforcer le diagnostic de la THA devant la persistance de tous ces symptômes non spécifiques pour lesquels les patients viennent se plaindre’’.    

 Due à un parasite unicellulaire, ce trypanosome véhiculé par une mouche tsé-tsé se nourrit de sang, et passe en quelques années d’une phase peu symptomatique où le parasite prolifère dans le sang et la lymphe à celle où il infecte le cerveau. La maladie se traduit par des convulsions et des problèmes graves de sommeil qui, sans traitement, conduisent au coma et à la mort.

Dans l’optique du renforcement de la lutte, environ 155 villages autour de Kinshasa ont été planifiés en 2018 pour les activités avec les unités mobiles, mais seuls 86 (55,4%) ont été couverts. Au cours de la même année, la ville-province de Kinshasa a notifié un total cumulé de 30 cas confirmés de la THA, contre 64 en 2017 et 70 en 2016.

La RDC dispose actuellement de 34 unités mobiles dédiées au dépistage et au traitement de la THA, dont 4 appuyées par l'OMS, qui renforce également le projet du PNLTHA à l'identification des villages à risque dans les zones à faible prévalence du pays, incluant un autre outil qui est l’Atlas THA.  Ce dernier permet de générer des cartes épidémiologiques et facilite des analyses pour une bonne planification du dépistage actif dans les zones qui le nécessitent.

 


 

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