Transformer l’expérience de la riposte au choléra en levier pour renforcer le système de santé
Brazzaville, 20 février 2026 - La riposte a permis de contenir l’urgence, mais le signal d’alarme reste fort. Depuis le début de l’épidémie, 837 cas dont 67 décès, ont été enregistrés dans trois départements : Brazzaville, Congo-Oubangui et Nkeni-Alima. Ces chiffres rappellent la vulnérabilité persistante de certaines zones, notamment le long des axes fluviaux, et l’impératif d’un renforcement durable de la préparation et de la réponse aux urgences de santé publique.
C’est dans ce contexte que s’est tenue, du 18 au 20 février 2026 à Brazzaville, la revue après action (RAA) de la riposte à l’épidémie de choléra survenue en 2025 en République du Congo, sous le thème : « Capitaliser les leçons apprises pour renforcer la préparation et la réponse aux urgences de santé publique ».
L’atelier a réuni les équipes du Ministère de la Santé et de la Population, les représentants des différents secteurs ministériels impliqués et les partenaires techniques et financiers dans la réponse. Il a été organisé avec l’appui technique du bureau régional de l’OMS pour l’Afrique avec l’appui financier du fonds central d'intervention d'urgence des Nations Unies (UNCERF).
Conforme à l’approche recommandée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et alignée sur le Règlement Sanitaire International (2005), cette revue visait à tirer des enseignements concrets de la riposte pour mieux anticiper les prochaines menaces. Il s’agissait d’évaluer de manière participative la réponse nationale, d’identifier les bonnes pratiques, de reconnaître les insuffisances et surtout de dégager des priorités réalistes pour renforcer la résilience du système de santé.
Au moment de la clôture, le Dr Vincent Dossou Sodjinou, Représentant de l’OMS au Congo, a salué le leadership des autorités congolaises et l’engagement des acteurs mobilisés, tout en insistant sur la nécessité de faire de cette revue un tournant. « Les échanges de ces derniers jours ont démontré une volonté collective forte : dépasser la seule analyse rétrospective pour inscrire durablement les enseignements tirés dans une vision stratégique de renforcement du système de santé », a-t-il déclaré. Pour l’OMS, la sécurité sanitaire ne peut plus être considérée comme une priorité sectorielle : elle conditionne la stabilité sociale et le développement, dans un environnement marqué par la recrudescence des menaces sanitaires, les mouvements de populations et les effets du changement climatique. « La clôture de cet atelier marque une transition importante : celle du passage de l’analyse à l’action », a conclu le Représentant, réaffirmant l’engagement de l’OMS à accompagner la mise en œuvre des priorités identifiées.
Pendant trois jours, les travaux se sont articulés autour de présentations et d’échanges techniques, puis de groupes de travail thématiques, afin de reconstituer la chronologie de l’événement, analyser ce qui était en place avant la crise, ce qui s’est effectivement passé pendant la riposte et ce qui a mieux ou moins bien fonctionné. L’analyse a porté sur les différents piliers de la réponse notamment la coordination, la surveillance et le laboratoire, la communication sur les risques et l’engagement communautaire, la vaccination, la prise en charge, la prévention et le contrôle des infections et l’appui WASH, la logistique et les finances. L’exercice a permis d’aboutir à un diagnostic partagé, basé sur l’expérience des équipes de terrain et des structures de coordination.
Prenant la parole au nom du Ministère de la Santé et de la Population, le Pr Henri Germain Monabeka a rappelé la revue a été un moment de réflexion stratégique, d’apprentissage collectif et d’amélioration continue. Pour lui, l’enjeu est désormais de traduire les constats en décisions et en investissements structurants pour une détection précoce et une meilleure gestion des flambées futures.
À l’issue des discussions, les participants ont formulé plusieurs recommandations parmi lesquelles la consolidation de l’accès à l’eau potable dans les zones à risque, le pré-positionnement des intrants et le renforcement du continuum de la prise en charge de la cellule familiale aux structures hospitalières. L’engouement des participants lors de la revue et les recommandations qui en ont été issues ont traduit la volonté collective de faire de cette expérience de réponse à l’épidémie du choléra, un levier de renforcement de la résilience et la robustesse du système de santé pour bien faire face aux crises futures. Pour ce faire, l’ambition est désormais de transformer les leçons apprises en actions concrètes sur le terrain.