Faire confiance à la science pour protéger la santé de demain : entretien avec la Professeure Francine Ntoumi du Congo

Faire confiance à la science pour protéger la santé de demain : entretien avec la Professeure Francine Ntoumi du Congo

Brazzaville - À l’occasion de la Journée mondiale de la santé 2026, placée sous le thème « Unissons nous pour la santé. Soutenons la science », l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) met en avant des personnes engagées qui utilisent la science pour améliorer la vie des populations. Dans la Région africaine, ces initiatives montrent l’impact concret de la recherche. 

Chercheuse de renommée internationale, la Professeure Francine Ntoumi est l’une des grandes figures scientifiques d’Afrique centrale. Depuis plusieurs décennies, elle consacre son travail à la lutte contre le paludisme et à la recherche de solutions adaptées aux réalités africaines. Fondatrice et directrice exécutive de la Fondation Congolaise pour la Recherche Médicale (FCRM), elle œuvre pour rapprocher la science des populations et renforcer les capacités de recherche locales. Dans cet entretien, elle partage son regard sur la confiance dans la science, l’anticipation des menaces sanitaires et l’avenir des jeunes générations.

Comment renforcer la confiance des populations congolaises et africaines dans la science et la recherche locales aujourd’hui ?
Renforcer la confiance repose avant tout sur un principe simple mais essentiel : rapprocher la science des populations. La recherche ne doit pas rester confinée aux laboratoires ou réservée aux spécialistes. Il est important d’expliquer clairement ce que l’on fait, pourquoi on le fait, et quels résultats sont obtenus.

Les populations doivent pouvoir comprendre et s’approprier le travail des chercheurs locaux. Cela passe par une amélioration de la communication entre scientifiques, communautés et décideurs. Quand la science est accessible, transparente et proche de la vie quotidienne, la confiance se construit d’elle-même. 

Pourquoi la recherche biomédicale est elle indispensable pour anticiper les futures menaces sanitaires en Afrique centrale ?
La recherche biomédicale permet de passer d’une réaction dans l’urgence à une démarche d’anticipation. Elle nous aide à détecter plus tôt les agents responsables des maladies, à comprendre leur évolution et à suivre leur mode de transmission dans nos contextes spécifiques.

Anticiper, c’est identifier les risques avant qu’ils ne deviennent des crises majeures. C’est aussi développer sur place des solutions adaptées, comme des outils de diagnostic, des traitements et des stratégies de prévention. En renforçant la capacité de produire nos propres réponses, la recherche contribue directement à la souveraineté sanitaire de la Région.

Quelles avancées récentes dans la lutte contre le paludisme vous rendent particulièrement optimiste ?
Des avancées importantes sont en cours, notamment dans le développement de nouveaux traitements contre le paludisme. Une nouvelle combinaison thérapeutique, simple, efficace et abordable, est en cours d’essai et montre des résultats très prometteurs.

Ces progrès sont essentiels, car le paludisme reste une maladie qui touche fortement de nombreuses familles en Afrique. La perspective de traitements mieux adaptés et plus accessibles nourrit un réel espoir pour la protection des populations, en particulier dans les zones les plus exposées.

Quel message souhaitez vous adresser aux jeunes filles qui rêvent de devenir scientifiques ?
Je leur dirais d’oser, sans se limiter par des complexes liés au genre ou à l’origine géographique. La science a besoin de leur intelligence, de leur créativité et de leur sensibilité. Être scientifique demande de la passion et du travail, mais chaque effort compte.

Même de petites réussites aujourd’hui peuvent ouvrir la voie à de grandes réalisations demain. Tous les domaines du développement ont besoin de scientifiques engagées. Il faut avancer avec détermination et croire en sa capacité à contribuer au progrès.

À l’occasion de la Journée mondiale de la santé 2026, quel appel souhaitez vous lancer aux décideurs et aux communautés ?
La souveraineté sanitaire en Afrique n’est ni une idée lointaine ni un concept théorique : c’est une urgence. Elle ne peut exister sans innovation locale. L’Afrique ne doit pas rester un simple consommateur de solutions conçues ailleurs. Il est crucial de développer des technologies adaptées à nos réalités : des outils simples pour les zones rurales, des solutions numériques accessibles et des interventions à la fois efficaces et abordables. Cette souveraineté se construit dans les laboratoires, les universités, les politiques publiques, mais aussi avec la participation active des communautés. Soutenir la science aujourd’hui, c’est protéger la santé de demain.
 

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Pour plus d'informations ou pour demander des interviews, veuillez contacter :
Kadijah Diallo

Chargée de communication
Bureau Régional de l'OMS pour l'Afrique 
Email: dialloka [at] who.int (dialloka[at]who[dot]int)