Ensemble contre la polio : une mobilisation communautaire renforcée au Togo
Kara – À Atchangbadè, dans le nord du Togo, Reine observe les équipes de vaccination passer de maison en maison, son fils Blaise, âgé de deux ans, à ses côtés. Elle explique simplement pourquoi elle a choisi de le faire vacciner : « Nos enfants sont fragiles quand ils sont petits. Beaucoup de maladies peuvent les toucher. Avec la vaccination, ils grandissent mieux et sont mieux protégés », dit-elle.
Comme dans de nombreuses localités du pays, les familles ont été informées à l’avance par les agents de santé communautaire venus échanger directement avec elles. Leur présence régulière a permis d’annoncer le deuxième tour de la campagne nationale de vaccination contre la poliomyélite, organisé du 16 au 18 avril 2026, et de répondre aux inquiétudes des parents.
Dans ce contexte, le gouvernement, avec l’appui technique de partenaires dont l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a renforcé ses efforts pour freiner la circulation du virus et protéger les enfants les plus exposés.
La poliomyélite reste une maladie sous surveillance au Togo. Entre 2019 et 2026, 27 cas de poliovirus dérivé ont été confirmés. En février 2026, de nouveaux cas ont été détectés dans le district de Mô, ainsi que des cas contacts, alors que le virus circule également dans les pays voisins. Cette infection virale peut provoquer une paralysie irréversible, en particulier chez les enfants, ce qui exige une réponse rapide.
Face à cette situation, les autorités sanitaires ont organisé une campagne nationale en deux passages, ciblant les enfants de 0 à 5 ans. Lors du second tour, plus de 1 778 000 enfants étaient ciblés sur l’ensemble du territoire. Les résultats provisoires montrent une forte mobilisation : plus de 1 829 000 enfants ont été vaccinés en trois jours, soit une couverture nationale de 102,9 %. Ce chiffre s’explique notamment par la vaccination d’enfants non comptabilisés initialement, ainsi que par les déplacements des populations entre zones, traduisant l’engagement des communautés et la mobilisation des équipes sur le terrain.
La performance enregistrée repose sur l’adaptation des stratégies aux réalités locales. Dans plusieurs zones, des visites à domicile ont permis de retrouver les enfants absents lors des premiers passages. Des activités de rattrapage ont été organisées, et certaines équipes ont été déployées dans des lieux de rassemblement afin de toucher davantage de familles.
Au niveau local, les responsables sanitaires saluent la coordination entre les différents acteurs. Le médecin-chef du centre de santé d’Atchangbadè, le Dr Tchikiri Sékou, présente les résultats obtenus dans sa zone, où des enfants venus d’autres localités ont également été vaccinés. « Nous avons vacciné 2 672 enfants, soit une couverture de 124 %. Ces résultats montrent l’importance de l’esprit du travail d’équipe entre le personnel de santé et les agents communautaires. Nous avons également renforcé les équipes sur le terrain pour pouvoir couvrir toute la zone et atteindre les enfants partout où ils se trouvent », explique-t-il.
Au cœur de cette mobilisation se trouvent les agents de santé communautaire, essentiels au succès de la campagne. À Atchangbadè et dans les villages environnants, Télou Pilassi parcourt chaque jour plusieurs kilomètres pour rejoindre les familles. Il décrit son travail avec simplicité : « Je suis sur le terrain pour vacciner les enfants de 0 à 59 mois contre la poliomyélite », explique-t-il. Face aux réticences, il privilégie le dialogue pour rassurer les parents et expliquer l’importance de la vaccination : « Il faut prendre le temps d’expliquer pour que les gens comprennent », ajoute-t-il.
L’appui de l’OMS accompagne ces efforts à plusieurs niveaux, notamment dans la planification, la surveillance et le suivi des activités. Il permet de renforcer les capacités des équipes et d’ajuster les stratégies en fonction des données du terrain. Le dialogue avec les familles, soutenu par ces approches, a permis de réduire une grande partie des refus rencontrés pendant la campagne.
En revenant sur les résultats atteints, le Dr Gervais Gahongano, Coordonnateur de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (IMEP) au Bureau de l’OMS au Togo, souligne la portée de cette mobilisation. « Les résultats de ce deuxième passage montrent que les efforts conjoints du gouvernement, des partenaires et des communautés permettent d’atteindre les enfants là où ils se trouvent. Il est essentiel de poursuivre ces actions pour interrompre la circulation du virus », affirme-t-il.
Pour les familles, ces campagnes renforcent la confiance et facilitent l’accès aux services de prévention. Reine revient sur sa décision après les échanges avec les équipes de santé venues jusqu’à son domicile : « J’ai accepté la vaccination parce que je sais que cette maladie est dangereuse. Si on ne protège pas l’enfant, il peut tomber malade. La vaccination permet d’éviter cela », dit-elle.
Reine insiste sur l’importance du travail des agents communautaires, qu’elle voit régulièrement dans son quartier : « Les agents viennent nous informer, ils prennent le temps de nous expliquer. Leur travail est très important. Ils nous aident à protéger nos enfants. Je leur demande de continuer à nous accompagner. »