Au Sénégal, une prothèse permet à Boubacar de retourner à l’école

Au Sénégal, une prothèse permet à Boubacar de retourner à l’école

Dakar – « Avant, je restais à la maison. Maintenant, je suis heureux de retourner à l’école », confie Boubacar Barry. À 15 ans, ce retour marque un tournant décisif dans sa vie. Pendant près de neuf ans, il a vécu avec une mobilité très limitée, ce qui restreignait ses déplacements et l’amenait à observer la vie scolaire de loin. 

Comme Boubacar, de nombreuses personnes au Sénégal sont confrontées à un manque d’accès aux technologies d’assistance, un enjeu majeur de santé publique et d’inclusion sociale. Ces technologies regroupent des dispositifs essentiels tels que les prothèses, les orthèses, les fauteuils roulants, les lunettes et les aides auditives. Elles permettent de restaurer des capacités fonctionnelles, de prévenir les complications, de favoriser l’inclusion et de renforcer l’autonomie. En leur absence, une limitation physique peut conduire à une exclusion durable, en particulier chez les enfants, affectant l’accès à l’éducation, à l’emploi et à la participation sociale.

Selon la dernière enquête nationale disponible sur la technologie d’assistance, menée en 2021, 62,6 % des personnes ayant besoin d’une aide technique n’y avaient pas accès, en raison notamment des coûts, des inégalités géographiques et de la stigmatisation. Ce constat a mis en évidence la nécessité de renforcer les interventions nationales afin d’améliorer l’accès aux technologies d’assistance et de consolider les services de réadaptation dans le cadre du système de santé. 

Face à ces enjeux, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) met en avant le rôle central des données scientifiques et de l’innovation en santé dans la conception de réponses plus équitables et plus efficaces. C’est dans ce contexte que le Sénégal a lancé en 2023 le projet Bokk Naa Cii (« J’en fais partie » en wolof), avec l’appui de l’OMS, d’ATscale et de l’UNICEF. Cette initiative vise à élargir l’accès aux aides techniques, à renforcer le cadre politique et institutionnel de la réadaptation et à sensibiliser davantage les communautés.

À ce jour, plus de 29 941 personnes ont bénéficié de services ou de produits liés aux technologies d’assistance — y compris des évaluations, des suivis et la fourniture d’aides techniques — dont plus de 7 000 ont été équipées en dispositifs adaptés à leurs besoins, avec une attention particulière portée aux femmes et aux enfants.

Boubacar fait partie des 383 personnes ayant bénéficié d’une prothèse à ce jour dans le cadre de ces interventions. Amputé en Guinée à la suite d’une morsure de serpent survenue dans son village natal de Télimélé, il a ensuite été accueilli par sa tante à Dakar après le décès de ses parents. Pendant plusieurs années, il a vécu avec des déplacements limités, alternant entre déscolarisation et mendicité.

En revenant sur cette période, Boubacar confie : « J’étais triste tout le temps. Je pensais que je ne marcherais plus jamais comme les autres enfants. » Sa tante, Adama, partage ce constat : « Il refusait parfois de sortir. Il avait honte. Même aller chercher de l’eau devenait un calvaire », explique-t-elle.

La trajectoire de Boubacar a changé lorsqu’une vidéo partagée sur les réseaux sociaux a attiré l’attention des autorités. Le ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités a alors mobilisé le Centre national d’appareillage orthopédique (CNAO), qui a assuré sa prise en charge avec l’appui du projet Bokk Naa Cii. « Chaque enfant a droit à l’espoir. Pour Boubacar, la prothèse n’était pas seulement un outil médical, mais la clé pour retourner à l’école et se réintégrer dans la société », souligne le Dr Seydina Ousmane Ba, directeur du CNAO.

L’appui de l’OMS au gouvernement sénégalais s’inscrit dans une approche systémique de renforcement du système de santé. Il comprend la fourniture de matériel et de composants orthopédiques — pour une valeur initiale estimée à 110 000 dollars US dans le cadre d’un investissement global dépassant 450 000 dollars US — ainsi que le renforcement des capacités nationales. À ce jour, 61 professionnels de la réadaptation physique ont été formés, et 13 centres ainsi que cinq unités optiques bénéficient d’un accompagnement régulier, dans le cadre d’un objectif national visant à atteindre 50 000 personnes.

Dans cette dynamique, l’OMS met l’accent sur la durabilité des acquis. « Notre objectif est de faire en sorte que les technologies d’assistance cessent d’être un luxe réservé à quelques-uns et deviennent un droit effectif pour toutes les personnes qui en ont besoin », souligne le Dr Michel Yao, Représentant de l’OMS au Sénégal.

Les progrès se reflètent également à l’échelle nationale. En 2025, 731 fauteuils roulants, 1 639 orthèses, 1 385 lunettes et 85 aides auditives ont été distribués. Par ailleurs, 19 924 personnes ont été dépistées en santé visuelle, dont 218 enfants, contribuant à une meilleure identification des besoins et à l’orientation vers des services adaptés.

Après plusieurs évaluations et séances de réadaptation, Boubacar a progressivement réappris à marcher. Avec le temps et l’accompagnement des spécialistes, il a gagné en confiance et en autonomie. Il a ainsi pu reprendre le chemin de l’école, cartable sur l’épaule, retrouvant sa place en classe de CE2, où il s’est progressivement adapté avec l’appui de ses camarades.

Aujourd’hui, à la maison comme à l’école, le changement est visible. Boubacar participe aux tâches quotidiennes et échange avec ses camarades. Sa tante observe cette évolution : « Je croyais qu’il allait rester dépendant toute sa vie. Grâce à cette prothèse, il a retrouvé une vie normale », confie-t-elle. 

Interrogé sur ses projets, Boubacar répond avec détermination : « Mon rêve est de faire des études de commerce et d’exceller dans ce domaine. »

 

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Kadijah Diallo

Chargée de communication
Bureau Régional de l'OMS pour l'Afrique 
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Aïssata SALL

Chargée de Communication
OMS Sénégal
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