Régina Patricia Pepa : au plus près de la vie, malgré les défis
Bangui - Depuis plus de trente ans, Régina Patricia Pepa accompagne les femmes tout au long de leur parcours de maternité. Sage-femme, présidente de l’Association des sages-femmes et infirmières accoucheuses de la République centrafricaine, elle est également enseignante à la Faculté des sciences de la santé de Bangui, où elle est Chef de département de la formation de licence en sciences Infirmières. Son parcours allie expérience de terrain et transmission. Très tôt, ce métier s’est imposé comme une évidence. Au fil des années, elle est devenue une référence pour de nombreuses générations de soignants, tout en restant profondément ancrée dans la réalité du terrain.
Un envi est né au contact des femmes
Tout commence dans son enfance, auprès de sa grand-mère, matrone. À la maison, elle assiste aux accouchements, observe et participe à sa manière. Très souvent, on lui confie les nouveau-nés juste après leur naissance.
Au-delà des gestes, ce sont surtout les émotions qui la marquent. Les femmes qui souffrent, qui pleurent pendant le travail. Cette réalité la touche profondément et fait naître en elle le désir d’aider. Elle comprend très tôt que derrière chaque naissance, il y a une histoire, une vulnérabilité, mais aussi une force immense.
Avec le temps, cette envie s’affirme. Malgré les nombreuses possibilités qui s’offrent à elle après son Baccalauréat, elle choisit de devenir sage-femme — un choix pleinement assumé.
L’importance de l’accueil et de la relation
Dans son travail, une priorité s’impose : la manière d’accueillir les femmes. « L’accueil ouvre la porte », rappelle-t-elle. Prendre le temps de parler, de poser des questions, de comprendre ce que vit chaque patiente permet d’instaurer la confiance et de diminuer le stress, même en situation de douleur. Dans des contextes souvent marqués par l’urgence ou le manque de moyens, cette attention fait toute la différence.
Pour Régina, le soin ne se limite pas aux gestes techniques : il inclut aussi une dimension relationnelle essentielle. Cette proximité crée des liens durables, bien au-delà du passage à la maternité.
Elle souligne aussi qu’il est important, pour les soignants, de laisser de côté les difficultés personnelles à l’hôpital : « Les patientes viennent avant tout chercher du soutien et du soulagement. »
Apprendre de l’expérience
Un moment marquant de sa carrière remonte à ses débuts, lorsqu’elle s’est retrouvée seule face à un accouchement difficile, avec une présentation en siège et un bébé de grande taille. Pensant pouvoir gérer la situation, elle tarde à orienter vers une prise en charge plus adaptée.
Peu à peu, la situation se complique. La mère s’épuise, l’accouchement devient critique. Elle se souvient de ce moment de stress, de doute et de prière. Le bébé naît finalement en état de mort apparente et nécessite une réanimation prolongée. Le bébé survit, tout comme la mère.
Mais cet épisode reste profondément ancré en elle. Il a façonné sa pratique et guide aujourd’hui son enseignement : reconnaître ses limites et orienter à temps.
Des défis quotidiens
Aujourd’hui, l’engagement de Régina reste intact, malgré les difficultés. Le manque de médicaments et de moyens qui complique la prise en charge et met les équipes à rude épreuve. Certaines femmes arrivent sans ressources pour se soigner. Dans ces situations, rester inactive n’est pas une option. « Quand tu n’as rien, tu deviens inefficace », explique-t-elle.
Le suivi de la grossesse et l’espacement des naissances restent, selon elle, essentiels pour protéger la santé des mères et des enfants.
Le besoin en sages-femmes demeure également important : « Nous avons besoin de plus de sages-femmes. Nous sommes en sous-effectif », insiste-t-elle, encourageant les jeunes à s’orienter vers ce métier.
Ce qui donne du sens au métier
Malgré ces contraintes, certains moments rappellent pourquoi elle a choisi cette profession. Le premier cri du bébé reste un instant fort : « voir la mère et l’enfant en bonne santé donne du sens à chacun de mes efforts. »
Au-delà de ces instants, c’est aussi la relation avec les femmes qui nourrit l’engagement de Régina. Le lien créé au moment de l’accouchement ne s’arrête pas toujours à la sortie de la maternité. Certaines continuent à la contacter, à donner des nouvelles, parfois même des années plus tard.
Ces marques de confiance et de reconnaissance rappellent que son rôle dépasse le soin immédiat : accompagner, rassurer, être présente dans un moment décisif. Ces dimensions humaines donnent toute sa valeur à son métier.
Une responsabilité partagée
La santé maternelle repose sur un effort collectif. L’expérience de Regina Patricia Pepa lui a appris que tout se joue souvent bien avant l’arrivée à l’hôpital. Le moment de la prise en charge est déterminant, et tout retard peut limiter les possibilités d’intervention : « Une femme qu’on a gardée très longtemps à la maison pour venir accoucher, et qu’on amène en retard, qu’est-ce que la sage-femme pourra faire ? »
Pour elle, l’issue d’un accouchement dépend de plusieurs facteurs, souvent liés à des décisions prises en amont. Elle insiste sur la nécessité de mieux anticiper, d’améliorer l’organisation des soins et de renforcer les compétences. Mais surtout, elle rappelle une priorité simple : permettre aux femmes d’arriver à temps et de recevoir des soins adaptés dans de bonnes conditions.
Chargée de communication
Bureau Régional de l'OMS pour l'Afrique
Email: dialloka [at] who.int (dialloka[at]who[dot]int)
Chargé de communication
OMS - République Centrafricaine
Email : ifonor [at] who.int (ifonor[at]who[dot]int)