Des soins de santé spécialisés plus proches des populations au Cameroun
Mfou – Pour rapprocher les soins spécialisés des communautés et réduire de longs déplacements aux personnes atteintes de maladies chroniques graves, le Cameroun met progressivement en œuvre, avec l’appui technique de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et ses partenaires, l’approche PEN-Plus. Cette stratégie vise à renforcer les capacités des Hôpitaux de District en zone rurale ou péri-urbaine afin qu’ils puissent assurer localement le suivi des personnes atteintes des maladies non transmissibles (MNT) graves telles que la drépanocytose, le diabète de type 1, l’asthme sévère ou certaines affections cardiaques, jusque-là prises en charge exclusivement dans les hôpitaux spécialisés en zone urbaine.
Dans la région du centre du pays, à Mfou, cette évolution change déjà le quotidien de nombreux patients, notamment celui de Jeanine, 17 ans, atteinte de drépanocytose. Désormais suivie régulièrement à la clinique PEN-Plus de l’Hôpital de district de Mfou, à proximité de son domicile, elle n’est plus contrainte d’attendre les crises pour chercher de l’aide. « Quand j’étais en pleine crise de drépanocytose, je n’avais que 1 200 francs CFA sur moi pour me soigner », se souvient-elle. « Avant, je restais souvent à la maison et, de temps en temps, j’allais à l’Hôpital pour recevoir uniquement des antidouleurs. »
La drépanocytose est une maladie génétique du sang pouvant entraîner des douleurs sévères, des infections répétées et des complications potentiellement mortelles en l’absence de suivi régulier. Au Cameroun, environ 300 000 personnes vivent avec la drépanocytose et près de 20 000 avec le diabète de type 1, des maladies non transmissibles graves qui nécessitent une prise en charge continue. Plus largement, les maladies non transmissibles sont responsables d’environ 35 % des décès dans le pays, d’après le rapport 2022 de la taskforce MNT au Cameroun.
Pendant de nombreuses années, il fallait se rendre dans des hôpitaux régionaux pour avoir accès à des soins spécialisés, obligeant de nombreuses familles, en particulier en zones rurales, à parcourir parfois jusqu’à 200 kilomètres pour accéder à un hôpital de référence ou régional. Au-delà de la distance, ces déplacements impliquaient des dépenses importantes liées au transport, à l’hébergement et à la perte de revenus, représentant une charge financière souvent insoutenable pour les ménages. Ces contraintes économiques contribuaient fréquemment à des retards dans la recherche de soins, voire à l’interruption des traitements, avec des conséquences graves sur la santé des patients.
Face à ces contraintes, le pays a entrepris la mise en œuvre de la première phase de la Couverture sanitaire universelle (CSU) afin de rendre les soins de santé de qualité, équitables et accessibles pour tous. Toutefois, les MNT graves, ne sont pas encore intégrés dans le paquet de soins de la CSU. Grâce au soutien de Leona M. et Harry B. Hemsley Charitable Trust, en collaboration avec l'OMS et les partenaires, le pays met en œuvre la phase pilote de l’approche PEN-Plus dans les districts sanitaires de Mfou et de Djoum. Cette approche vise le renforcement des compétences des équipes de santé, de l’utilisation de protocoles cliniques standardisés et du mentorat clinique continu des prestataires de soins afin d’offrir des soins spécialisés de qualité au plus près des populations, tout en réduisant les coûts directs et indirects supportés par les familles. Jusqu’à récemment, à Mfou comme dans d’autres districts sanitaire, l’absence de services spécialisés entraînait un recours fréquent aux hôpitaux tertiaires (1ere, 2e et 3e catégories) et une prise en charge souvent approximative des cas complexes pour les patients ne pouvant se rendre dans ces formations sanitaires de niveau 3. Pour Jeanine et sa famille, la question financière constituait un obstacle majeur. « Le coût et le manque de moyens étaient nos plus grands problèmes », souligne-t-elle.
Un tournant s’est opéré le 17 décembre 2025 avec l’ouverture de la clinique PEN-Plus à l’Hôpital de district de Mfou, ainsi que celle de l’Hôpital de district de Djoum dans la Région sud du pays. Ces deux sites pilotes couvrent ensemble une population d’environ 155 000 habitants. Il est désormais possible d’assurer un suivi local, continu et sécurisé de maladies qui nécessitaient auparavant un transfert vers des structures éloignées. L’impact est immédiat pour les patients. « Aujourd’hui, une personne est dédiée à son accueil et à son suivi. L’accueil a vraiment changé les choses », témoigne Jeanine.
Cette évolution repose également sur le renforcement des compétences du personnel soignant. À Mfou, deux médecins, six infirmiers et deux biologistes ont été formés, avec l’appui de l’OMS et d’autres partenaires, à la prise en charge de la drépanocytose, du diabète de type 1, de l’asthme sévère et de certaines maladies cardiaques chroniques. Mme Amogo, infirmière major et cheffe du service infirmier, explique que ces formations ont transformé la pratique quotidienne des équipes : « Elles nous donnent plus d’aisance, de confiance et de réactivité pour accueillir et soigner les patients. »
Elle évoque notamment le cas récent d’une patiente de 32 ans admise pour une fatigue intense et des difficultés respiratoires. Un examen réalisé sur place a permis d’identifier une urgence nécessitant une prise en charge immédiate. « En appliquant le protocole PEN-Plus, nous avons pu stabiliser la patiente en seulement trois heures. Avant, elle aurait dû être transférée vers un hôpital spécialisé », précise-t-elle.
Depuis l’ouverture des cliniques PEN-Plus de Mfou et de Djoum, les premiers résultats sont encourageants. En quelques mois, 55 consultations spécialisées ont été réalisées et quatre patients en situation critique ont été pris en charge localement et stabilisés, sans nécessité de transfert vers les hôpitaux tertiaires.
À l’échelle nationale, cette dynamique s’aligne sur la stratégie du Cameroun visant à améliorer l’accès et la qualité des soins pour les maladies chroniques graves, en particulier chez les enfants et les adolescents vivant en zones rurales, tout en renforçant les soins de santé primaires. « L’objectif est de rendre ces soins accessibles et de qualité en développant les capacités des hôpitaux de district », indique le Dr Emah Manda Yannick, sous-directeur de la lutte contre les MNT au Ministère de la Santé publique.
Avec l’appui technique de l’OMS et de ses partenaires, le gouvernement prévoit d’étendre l’approche PEN-Plus à près de 30 % des districts sanitaires du pays d’ici à 2030, avec pour ambition de réduire d’au moins 25 % la mortalité précoce liée aux maladies non transmissibles graves.
Pour Jeanine, ces orientations stratégiques se traduisent déjà par un changement concret dans sa vie quotidienne. « Mon souhait est de ne plus faire de crises à répétition. Même si certains soins restent à ma charge, je peux désormais me faire soigner près de chez moi », confie-t-elle.
Chargée de communication
Bureau Régional de l'OMS pour l'Afrique
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Chargée de communication
OMS Cameroun
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Technical Officer (Communications)
WHO Regional Office for Africa
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