Discours du Dr. Luis Gomes Sambo, Directeur régional de l'OMS pour l'Afrique, à l'occasion de l'ouverture de la Cinquante-huitième session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique. Yaoundé, Cameroun 1–5 septembre 2008

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AFR/RC58/Conf.Doc/2

Excellence Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, Représentant personnel du Chef de l’État,

Excellence Madame le Président de la 57ème session du Comité régional,

Distingués Membres du Gouvernement du Cameroun,

 

Honorables Ministres de la Santé des États Membres de la Région africaine,

Madame la Commissaire aux Affaires sociales de l’Union africaine,

Madame le Directeur  général de l’OMS,

Monsieur l’Envoyé Spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour le Paludisme,

Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Membres du Corps diplomatique,

Mesdames et Messieurs le Représentants des Organisations internationales,

Cher Professeur Monekosso, Directeur régional  émérite de l’OMS pour l’Afrique,

Distingués Invités,

Mesdames et Messieurs,

C’est un honneur et un agréable devoir pour moi de prendre la parole à l’occasion de la 58ème session du Comité régional qu’accueille pour la seconde fois Yaoundé, ville aux sept collines,  « vallonnée, fleurie et parsemée d’innombrables palmiers », qui est l’une des villes les plus pittoresques d’Afrique.

Je voudrais exprimer ma profonde gratitude à Son Excellence Monsieur Paul BIYA, Président de la République, à Monsieur le Premier Ministre, à son Gouvernement et aux différentes autorités, pour l’hospitalité et toute l’attention dont nous avons bénéficié depuis notre arrivée au Cameroun.

Les quatre dernières années ont été très riches en réalisations, ce qui témoigne de notre engagement et de notre détermination, pays membres et partenaires, pour le renforcement  des systèmes de santé en vue d’assurer le meilleur état de santé possible aux  populations africaines.

La contribution de l’OMS est fondée sur les cinq orientations stratégiques qui guident son action dans la Région africaine depuis quatre ans; il s’agit du renforcement de l’appui  aux pays, du renforcement et de l’extension des partenariats pour la santé, du renforcement des politiques et systèmes  de santé, de la promotion de l’intensification des interventions de santé essentielles, et du renforcement de l’action sur les principaux déterminants de la santé.

Dans le cadre du renforcement de la présence de l’OMS dans les pays, un important réexamen du profil du personnel des bureaux de pays a été entrepris en vue de mettre en cohérence l’expertise de nos personnels avec les besoins spécifiques de santé des pays.

Une attention particulière a été accordée aux spécificités des pays insulaires, des pays fortement peuplés, des pays en crise et en post crise.

Dans toute la Région, nous avons poursuivi l’élaboration et la mise en œuvre des Stratégies de coopération avec les pays, plus adaptées à leur contexte. Au regard des objectifs du Millénaire pour le développement et des réformes en cours au sein des Nations Unies, il s’est avéré nécessaire d’initier une actualisation de ces stratégies, qui est en cours.

Au plan institutionnel,  il  y a lieu de saluer l’excellence des liens de travail entre le Siège et le Bureau régional. Sous le leadership du Dr Margaret Chan, Directeur général, les Directeurs régionaux ont maintenant un forum de discussion et de prise de décisions conjointes. Par ailleurs, l’initiative du Directeur général d’organiser une réunion spéciale avec les Directeurs de la Région africaine et de la Méditerranée orientale pour discuter exclusivement des problèmes spécifiques du continent africain, a apporté une nouvelle impulsion à la collaboration entre le personnel du Bureau régional de l’Afrique et celui du Siége.

Le Bureau régional a été réorganisé afin de focaliser  son action sur des fonctions normatives, d’élaboration de politiques et de stratégies, ainsi que sur la mobilisation des ressources. Des équipes inter-pays multidisciplinaires ont été constituées et installées depuis le début de l’année 2007 à Ouagadougou, à Harare et à Libreville en vue d’une coopération  technique de qualité  avec les pays. Quant aux  bureaux de l’OMS dans les pays, ils ont bénéficié d’un apport supplémentaire en ressources.

Des délégations de pouvoir conséquentes ont été faites aux gestionnaires à différents niveaux en vue de rendre le Bureau régional, les équipes inter-pays et les bureaux de pays plus performants.

En matière de gestion, un système de communication efficient  a été mis en place et  permet de relier et de faire travailler en temps  réel  tous les niveaux de l’Organisation ; dans les prochaines semaines, un nouveau système de gestion, le GSM,  optimisant l’exécution des transactions et intégrant un contrôle renforcé, sera mis en place.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Au plan du partenariat, il y a lieu de relever que notre coopération avec l’Union africaine et les Commautés économiques régionales a  atteint, à ce jour, des niveaux inégalés.  Nous avons également renforcé notre collaboration avec les Agences des Nations Unies, notamment avec  l’UNICEF, l’UNFPA, l’ONUSIDA, le PNUD et  le PNUE, et avec les institutions financières internationales telles que la Banque mondiale et la Banque africaine de développement; nous avons aussi obtenu  une meilleure coordination de nos activités respectives en appui  aux pays.

Nous avons par ailleurs renforcé nos liens de coopération avec des partenaires bilatéraux, entre autres, les États-Unis d’Amérique, le Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord et la France.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la réforme des Nations Unies et de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide au développement.

En collaboration avec ces mêmes partenaires, il a été lancé l’Initiative sur l’harmonisation pour la santé en Afrique en vue d’aider les pays à coordonner la mobilisation de ressources prévisibles et durables pour accélérer la réalisation des  objectifs du Millénaire pour le développement liés à la santé.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Nous avons poursuivi notre contribution au renforcement des systèmes nationaux de santé  fondé sur l’approche des Soins de Santé primaires et centré sur le système de santé local, équivalent au district sanitaire. Ceci a été réaffirmé  dans la Déclaration de Ouagadougou  sur les Soins de Santé primaires et les Systèmes de Santé en avril 2008.

La crise des ressources humaines pour la santé demeure une situation préoccupante, et la  formation et la fidélisation des personnels qualifiés requièrent une urgente attention; un observatoire régional des personnels de santé  a été établi au Bureau régional pour mieux identifier les progrès réalisés par les pays et produire des bases factuelles pour la prise de décisions.

Pour ce qui est de la recherche, l’écart entre les connaissances et les pratiques est encore important; la Déclaration d’Alger sur la Recherche pour la  Santé en Afrique, adoptée en juin 2008, fera certainement date en la matière.

Le  passage à l’échelle des interventions sanitaires prioritaires en matière de  lutte contre les maladies évitables par la vaccination, le paludisme et le VIH/sida, et la prise en charge intégrée des problèmes de santé de la mère et de l’enfant, connaissent des progrès significatifs, mais d’importance variable.

La mortalité maternelle  reste encore  à un niveau inacceptable et  ceci  nous interpelle tous. Il n’y a pas de progrès et nous avons  besoin de beaucoup plus d’investissements dans ce domaine hautement prioritaire qui demeure sous-financé.

Dans le domaine de la vaccination,  le fait marquant  dans la Région africaine  reste la baisse de la mortalité due à la rougeole  qui a été réduite de 91% en 2006 par rapport à son niveau de 2000.  Les États Membres doivent faire preuve d’engagement accru en vue de maintenir cet  acquis, notamment par une couverture vaccinale systématique élevée.

En dépit des difficultés opérationnelles, l’éradication de la poliomyélite a connu des progrès substantiels et reste techniquement faisable. Toutefois, l’existence d’un foyer endémique et la persistance de la circulation du poliovirus sauvage dans plusieurs pays de la Région restent préoccupantes.

S’agissant du paludisme, l’accès aux combinaisons thérapeutiques à base d’arthémisinine et aux moustiquaires imprégnées d’insecticide à effet rémanent, les pulvérisations intradomiciliaires, les interventions ciblant le groupe vulnérable mère-enfant connaissent une certaine amélioration. De nouvelles opportunités de financement s’ouvrent  en vue d’un contrôle plus efficace  du paludisme. Nous saluons la nouvelle initiative du Secrétaire général des Nations Unies dont l’Envoyé spécial pour le paludisme, M. Ray Chambers, est parmi nous en qualité d’invité d’honneur.

Dans le cadre de la prévention de l’infection à VIH, l’année 2007 a été déclarée Année de l’Accélération de la Prévention contre du VIH, sous l’égide de l’Union africaine. Compte tenu de la tendance actuelle de  l’épidémie, la prévention demeure la stratégie clé. En ce qui concerne l’accès aux médicaments anti-rétroviraux, il s’accélère et s’améliore dans la majorité des pays.

La moitié des pays de la Région ont signalé des cas de tuberculose à bacilles multirésistants en 2007 ; et la co-infection tuberculose-VIH, qui atteint des pics de 75% dans certains pays, est une préoccupation majeure.

L’OMS a soutenu régulièrement les pays dans le cadre du renforcement de leurs capacités de surveillance et de riposte aux épidémies, conformément à ses lignes directrices. Une réponse appropriée a été apportée aux épidémies de fièvre de Marburg, d’Ebola, de méningite cérébrospinale et de choléra qui ont sévi  dans la Région.

En raison des menaces de grippe aviaire à virus H5N1, le Bureau régional a élaboré un plan stratégique et a renforcé les capacités d’intervention des pays, en étroite collaboration avec ses partenaires. Cette préparation a permis de répondre aux épidémies de grippe aviaire intervenues dans certains pays.

Mais, je me dois de souligner que d’une façon générale, la Région africaine n’est pas prête à faire face à une pandémie humaine, raison pour laquelle j’en appelle aux États Membres pour renforcer leur niveau de préparation.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Les maladies chroniques telles que le diabète, le cancer, l’hypertension et les autres maladies cardio-vasculaires deviennent de plus en plus importantes comme problèmes de  santé publique. Nombre d’entre elles sont associés à des facteurs de risque tels que le tabagisme, l’usage nocif de l’alcool et la sédentarité, entre autres.

Une Stratégie régionale de lutte contre les maladies non transmissibles a été adoptée, et d’autres seront adoptées au cours de la présente session. Des enquêtes sur les facteurs de risque ont été conduites dans la moitié des pays de la Région. Le moment est venu de passer à l’action !

Pour ce qui est  des risques liés à l’environnement, il me plaît de saluer le succès de la première Conférence interministérielle des Ministres de la Santé et de l’Environnement des pays africains,  qui s’est tenue à Libreville la semaine dernière. Les engagements pris et les orientations  contenues dans la Déclaration dite de Libreville portent  sur le plaidoyer et le renforcement de l’engagement politique en faveur du développement durable, la nécessité d’investissementspour améliorer l’approvisionnement en eau potable et l’assainissement, l’établissement de mécanismes d’étroite collaboration entre le secteur de la santé et celui de l’environnement, et l’élaboration de politiques intégrées pour des écosystèmes  plus favorables à la santé humaine. La nécessité  d’une participation plus active des communautés et des collectivités locales a été mise en exergue.

Excellence Monsieur le Premier Ministre, Chef de Gouvernement,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais rappeler que l’histoire de la santé publique nous apprend que des améliorations substantielles dans l’approvisionnement en eau potable, l’assainissement, l’hygiène publique, l’accès à un habitat salubre, l’élévation du niveau d’éducation, l’alimentation et la nutrition saines et équilibrées, entre autres, ont conduit à une réduction importante des maladies transmissibles et à une meilleure qualité de vie.

Nous sommes à mi-chemin de l’horizon 2015 et en dépit des progrès réalisés vers l’atteinte des objectifs du Millénaire pour le développement, nous devons renforcer la coordination et les partenariats, la mobilisation de ressources additionnelles  pour mettre à l’échelle les interventions ayant fait la preuve de leur efficacité. Dans cette démarche, la participation active des communautés et des collectivités doit bénéficier d’une attention particulière.

L’amélioration de la performance des économies africaines et la réduction du nombre et de l’ampleur des conflits constituent un véritable motif d’espoir. Les conditions de développement sanitaire semblent plus que jamais favorables, comme j’ai pu le constater personnellement lors de mes visites à la majorité des pays de la Région.

En somme, l’espoir est permis.  Je vous remercie de votre aimable attention.