Message du Directeur régional de l'OMS pour l'Afrique le Dr Luis Sambo à l'occasion de la Journée mondiale de la Tuberculose, 24 mars 2005

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Thème: les agents de santé de première ligne, héros de la lutte contre la tuberculose

La Journée mondiale de la Tuberculose, qui se commémore le 24 mars, est pour nous l'occasion de faire prendre conscience de la grave menace que constitue la tuberculose pour la santé publique dans notre Région. Cette année, l'Organisation mondiale de la Santé et le Partenariat "Halte à la tuberculose" ont choisi d'attirer l'attention de la communauté internationale sur le rôle déterminant que jouent les prestataires de soins de santé de première ligne dans la lutte contre la tuberculose.

Dans notre Région, la tuberculose demeure l'une des principales causes de morbidité et de mortalité aussi bien chez l'adulte que chez l'enfant. Chaque année, on enregistre de nombreux cas nouveaux et contagieux. Bien que la Région ne représente que 10% de la population mondiale, elle représente chaque année au moins 25% des cas de tuberculose notifiés dans le monde. De 2002 à 2003, le nombre total de cas de tuberculose notifiés dans la Région a augmenté de 7,8% et le nombre de nouveaux cas de tuberculose pulmonaire à frottis positif, la forme la plus contagieuse, de 12,8%.

Etant donné que la prise en charge efficace de la tuberculose, du diagnostic au traitement, implique le contact avec un prestataire de soins de santé, les augmentations susmentionnées pèsent sur la charge de travail des prestataires de soins de santé, y compris la multitude d'agents de santé de première ligne, souvent méconnus et pourtant très importants, qui luttent contre la tuberculose. Par conséquent, il est normal que ces héros discrets, qui interviennent dans la lutte contre la tuberculose à travers le monde, reçoivent cette année la reconnaissance qu'ils méritent à l'occasion de la commémoration de la Journée mondiale de la tuberculose.

Lorsque nous parlons des agents de santé de première ligne qui luttent contre la tuberculose, nous devons penser à tous ceux qui, directement ou indirectement, dispensent des services de lutte antituberculeuse. Nous devons penser non seulement à ceux qui ont les compétences techniques nécessaires pour diagnostiquer et traiter la tuberculose mais aussi à ceux qui apportent un appui et servent d'intermédiaires, y compris les agents de santé rémunérés ou bénévoles, les spécialistes et les généralistes, les citadins et les ruraux, ceux du secteur public et ceux qui exercent en clientèle privée. Il s'agit notamment des techniciens de laboratoire, des agents de santé communautaires et des bénévoles qui travaillent avec acharnement de longues heures durant pour apporter à ceux qui en ont besoin des médicaments pour leur sauver la vie ou soulager leurs souffrances. Il s'agit aussi bien des gardes-malades qui servent d'intermédiaires entre le système de santé et les tuberculeux sous traitement, que des membres des comités de santé du village qui sont chargés de l'orientation-recours des personnes suspectées de tuberculose, et j'en passe. C'est à toutes ces personnes et à de nombreuses autres personnes que nous devons rendre hommage cette année à l'occasion de la commémoration de la Journée mondiale de la tuberculose.

Je constate avec beaucoup de reconnaissance et pour m'en féliciter que dans la Région, grâce aux efforts inlassables de ces agents de santé de première ligne, de plus en plus de malades de la tuberculose peuvent désormais avoir accès à un traitement antituberculeux fondé sur la stratégie DOTS, qui est recommandé dans le monde entier. Cela nous a permis de tendre lentement mais sûrement vers la réalisation des cibles de l'Assemblée mondiale de la Santé (WHA) en matière de lutte anti-tuberculeuse pour l'année 2005. Manifestement, nous devons faire plus et encore plus vite. Cependant, nous ne pouvons avancer dans l'amélioration de nos performances actuelles que si nous sommes sûrs de disposer d'une masse critique d'agents de santé de première ligne compétents dans la lutte contre la tuberculose, véritables héros de la lutte anti-tuberculeuse.

Pour ce faire, les Etats membres doivent rendre hommage à tous les agents de santé de première ligne impliqués dans la lutte contre la tuberculose, les former et leur donner les moyens logistiques nécessaires. L'amélioration des résultats du programme de lutte anti-tuberculeuse dans tous les pays de la Région est un des préalables de la réalisation des cibles de l'Assemblée mondiale de la Santé et des Objectifs de développement du Millénaire dans le domaine de la lutte contre la tuberculose. Ces résultats ne peuvent être atteints que grâce au dévouement et à l'abnégation des prestataires de soins de santé de première ligne qui oeuvrent à travers le monde.

En rendant hommage aux agents de santé de première ligne qui luttent contre la tuberculose, j'aimerais réitérer ce qui a déjà été dit au sujet du développement des ressources humaines pour la santé. Le programme de développement des ressources humaines pour la santé a connu de nombreuses innovations, le but étant de faire face à l'évolution de la situation socio-économique des pays de la Région. Ces innovations ont eu des répercussions sur la formation, la rétention, la motivation , les compétences techniques, l'organisation des carrières, l'emploi et la répartition des agents de santé.

La Stratégie régionale de développement des ressources humaines pour la santé reconnaît que le système de santé est une combinaison de connaissances, de compétences techniques, de clients, de services, d'infrastructures et de gestionnaires, combinaison dont les ressources humaines constituent un élément essentiel. Par conséquent, il est nécessaire que tous les systèmes de santé investissent dans le capital humain car il a un impact sur les investissements du système de santé dans d'autres domaines, sur ses performances, et sur son rendement. Cela est valable, et à juste titre, pour les agents de santé de première ligne qui sont impliqués dans la lutte antituberculeuse. Malgré l'augmentation des ressources financières mises à la disposition de plusieurs pays pour leur permettre d'étendre leurs activités de lutte contre la tuberculose, la pénurie de ressources nécessaires pour faciliter la prestation de ces services ne cesse de s'aggraver.

Je crois que le message est clair. Nous devons accorder de l'importance aux prestataires de soins de santé de première ligne et continuer à investir dans le développement des ressources humaines pour la santé afin d'atteindre les buts et objectifs fixés dans le cadre des engagements régionaux et internationaux en faveur du développement humain et de la lutte contre la tuberculose. Les Etats Membres doivent comprendre les implications socio-économiques et démographiques de l'épidémie de tuberculose, et cela doit se refléter sur les politiques et plans de développement des ressources humaines pour la santé. Ils doivent revoir et repenser les interventions en cours qui concernent les ressources humaines; ils doivent élaborer de nouveaux profils pour les différents personnels de santé afin d'accroître leur impact dans la lutte contre la tuberculose et les autres maladies prioritaires. Ils doivent constamment revoir la motivation des agents de santé et les mesures incitatives prises en leur faveur afin d'améliorer les ressources humaines pour la santé.

Dans l'intérêt des populations, les gouvernements de notre Région doivent non seulement retenir le peu d'agents de santé dont ils disposent et leur donner des conditions de travail satisfaisantes mais aussi prendre les mesures nécessaires pour renforcer le corps des prestataires de soins de santé capables de dispenser des soins de qualité. Bon nombre de pays ont déjà fait des efforts pour élaborer différents profils de carrière originaux pour les agents de santé; ces profils, qui présentent par ailleurs un bon rapport coût/efficacité, leur permettront de répondre aux besoins spécifiques de leurs populations. Par ailleurs, de réelles qualifications professionnelles ont été inculquées à ces nouveaux personnels de santé qui travaillent essentiellement dans les zones reculées et parmi des populations qui, autrement, ne pourraient pas avoir accès à des services spécialisés. Il s'agit là de développements encourageants compte tenu de la pénurie de ressources humaines que connaissent actuellement de nombreux systèmes de prestation de soins de santé. Par conséquent, j'invite les prestataires de soins de santé du secteur privé et des entreprises à s'associer aux gouvernements, dans le cadre de leurs obligations sociales, pour lutter contre la tuberculose et les autres maladies. Le développement des ressources humaines constitue sans conteste un élément essentiel de ce partenariat en faveur de la Santé pour tous. Il existe des instruments techniques et des stratégies efficaces. A nous de prendre les dispositions nécessaires pour nous veiller sur les personnes qui s'occupent de notre santé.