Nouveau : des recherches font état d'un risque plus élevé de voir les maladies non transmissibles se développer en Afrique

Brazzaville, 19 décembre 2016 – Étant donné les prévisions selon lesquelles des millions de personnes mourront de maladies non transmissibles (MNT) en Afrique d'ici à 2020, la Région africaine de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a aidé les pays à mener des études afin d'identifier les principales causes de cette tendance à la hausse.

Un rapport publié par l'Organisation et qui confirme les données existantes, fait état de ce que ces menaces imminentes sont prévisibles, étant donné que la plupart des adultes en Afrique présentent au moins un facteur de risque qui les expose de plus en plus à une MNT mortelle, y compris les maladies cardiaques, le cancer, le diabète de type 2 et les maladies pulmonaires obstructives chroniques.

Le fardeau de la maladie, qui connaît une augmentation graduelle depuis quelques années, est susceptible de dépasser le nombre de malades et de morts causés par les maladies infectieuses d'ici à 2030. De par le monde, le nombre de décès dus aux MNT atteindra le chiffre de 44 millions au cours des quatre prochaines années, soit une augmentation de 15 % d'après les estimations OMS de 2010.

« Au cours de ces dernières années, le monde a consacré la majeure partie de son attention et de ses ressources - à raison - à la menace imminente que représentent les virus émergents, notamment Zika et Ebola », a déclaré la Directrice régionale de l'OMS pour l'Afrique, le Dr Matshidiso Moeti. « Ce que ce rapport permet de mettre en exergue, cependant, c'est qu'au milieu de ces situations d'urgence, nous ne devons pas perdre de vue les risques sanitaires énormes que présentent les maladies non transmissibles, surtout que nombre d'entre elles peuvent être évitées grâce à un changement de comportements et de modes de vie », a-t-elle ajouté.   

Une forte prévalence des principaux facteurs de risque

La prévention des MNT dépend fortement de l'évitement des quatre principaux facteurs de risque comportementaux que sont la consommation du tabac, la consommation abusive de l'alcool, une mauvaise alimentation (c'est-à-dire le fait de ne pas manger des fruits et des légumes cinq fois par jours), et l'insuffisance de l'exercice physique. Dans la moitié des pays africains qui ont fait l'objet de l'étude, un quart des adultes était exposé à au moins trois de ces facteurs de risque, avec une grande probabilité qu'ils allaient développer une ou plusieurs de ces maladies au cours de leur vie. Il s'agissait pour la plupart de femmes adultes, âgées de 45 à 64 ans.

Selon le Dr Moeti, « [c]es maladies peuvent être aussi bien mortelles qu'incapacitantes ; elles constituent un lourd fardeau pour la Région, dans la mesure où elles privent les gens et les familles de ceux de leurs proches ou membres qui, en temps normal, devraient jouir des années les plus productives de leur vie ». Nous devons donc faire tout ce qui est en notre pouvoir pour inverser cette malheureuse tendance », a-t-elle exhorté.

D'après ce rapport, la prévalence de l'hypertension ou de la tension artérielle dans la Région africaine est la plus élevée au monde et touche environ 46 % des adultes. Dans la moitié des pays de la Région, au moins un adulte sur trois rencontrés était hypertendu.

« Les taux élevés de l'hypertension sont particulièrement inquiétants, car la maladie est un tueur silencieux, la plupart des gens ignorant leur statut jusqu'à ce qu'il soit trop tard », a expliqué le Dr Abdikamal Alisalad, Directeur par intérim du Groupe organique Maladies non transmissibles de l'OMS. « La tension artérielle peut endommager le cœur et provoquer une attaque cardiaque, une insuffisance cardiaque et l'accumulation de graisses dans les artères et donc leur obstruction. Elle peut aussi contribuer à l'AVC, à l'affection rénale et à la perte de la vue, entre autres ». Cependant, a ajouté le Dr Alisalad, l'hypertension peut très bien être traitée par un changement de comportement et par les médicaments.  

Autres conclusions importantes du rapport

·     Le tabac est l'une des menaces les plus sérieuses pour la santé à travers le monde ; il est à l'origine de plus de 70 % des cancers du poumon, 40 % des maladies pulmonaires chroniques et 10 % des maladies cardiovasculaires. Dans la Région africaine, la prévalence de la consommation quotidienne du tabac chez les adultes se situe entre 5 % et 26 % (12 % à travers la Région).

 ·       Partout dans le monde, les gens ne consomment pas suffisamment de fruits et légumes, ce qui est à l'origine d'environ 14 % des décès dus aux cancers gastro-intestinaux et environ 10 % des décès dus aux maladies cardiaques et AVC ischémiques. Si les conséquences de cette mauvaise alimentation sont plus élevées dans d'autres régions de l'OMS, l'Afrique sub-saharienne est paradoxalement la seule région qui souffre doublement de sous-alimentation et d'obésité.

 ·       La prévalence des personnes souffrant de surcharge pondérale varie entre 12 % à Madagascar à 60 % aux Seychelles, la moyenne étant de 35 %. Les femmes adultes sont plus exposées au surpoids que les hommes. Toutes ces données sont valables pour l'obésité.

 ·    Alors que la consommation de l'alcool dans la région est généralement faible (deux tiers environ des adultes s'abstiennent de boire), la prévalence de la consommation occasionnelle excessive d'alcool chez les hommes adultes qui prennent de l'alcool est de presque 1 % en Gambie jusqu'à 69 % au Tchad, avec une moyenne de 31 %. Chez les élèves, la consommation de l'alcool est de 3 % au Sénégal jusqu'à 62 % aux Seychelles, avec une moyenne de 16 %.

 ·    Sur les 32 pays qui ont fait l'objet de l'étude, le temps moyen consacré à l'activité physique moyenne ou intense varie entre 21 minutes par jour en Mauritanie et 386 minutes par jour au Mozambique, la moyenne étant de 116 minutes par journée standard. Les hommes adultes passent plus de temps dans une activité physique que les femmes.

Le rapport se fonde prioritairement sur les données de l'étude STEPwise de l'OMS réalisée dans 33 pays de la région et sur l'Enquête mondiale réalisée en milieu scolaire sur la santé des élèves (GSHS) dans 19 pays. La première a été élaborée en 2002 dans le but de collecter, analyser et diffuser des informations fondées sur la population à partir des échantillons nationaux représentatifs sur les principaux facteurs de risque de MNT.

La GSHS a été menée de manière collaborative entre l'OMS, les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) et d'autres partenaires, afin de collecter des informations similaires auprès des élèves et des étudiants. Les enquêtes en milieu scolaire permettent de collecter des informations principalement auprès des élèves âgés de 13 à 15 ans à partir d'un questionnaire autogéré sur la consommation de l'alcool, les habitudes alimentaires, la consommation des drogues, l'hygiène, la santé mentale, l'exercice physique, les facteurs de protection, l'activité sexuelle, la consommation du tabac, la violence et les blessures involontaires.

« Ces études nous ont permis d'avoir une image extrêmement précise – bien qu'alarmante – des risques sanitaires auxquels est confrontée la région. Il appartient à présent aux responsables de la Santé publique, aux dirigeants et aux populations elles-mêmes d'agir », a déclaré le Dr Moeti.

Beaucoup peut être réalisé grâce à un changement des comportements, tel que arrêter de fumer, boire avec modération, augmenter la consommation des fruits et légumes, pratiquer plus d'exercices physiques.

Pour accéder aux liens, cliquez sur : http://www.afro.who.int/en/noncommunicable-diseases/npc-publications.html

http://www.afro.who.int/index.php?option=com_docman&task=doc_download&gid=10675&Itemid=2593